Le musée Saint-Remi : mille ans d’histoire dans l’ancienne abbaye royale

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Sur l’esplanade Fléchambault, dans le quartier Saint-Remi, on a d’un côté la basilique Saint-Remi et, de l’autre, les longs bâtiments clairs de son ancienne abbaye. Cette abbaye n’est plus un monastère depuis la Révolution : elle abrite aujourd’hui le musée Saint-Remi, le musée d’histoire et d’archéologie de la ville. Avec le palais du Tau, c’est l’endroit qui raconte le mieux les quinze siècles de Reims, et l’un des rares grands musées de la région dont l’accès aux collections permanentes reste entièrement gratuit. Comptez une heure et demie pour en faire le tour ; voici de quoi préparer la visite sans rien manquer.

Une abbaye royale, gardienne de la Sainte Ampoule

L’abbaye a été fondée pour veiller sur le tombeau de saint Remi, l’évêque qui baptisa Clovis vers 496 et lia pour mille ans la royauté française à la ville. Confiée à des moines bénédictins, elle devient l’une des plus puissantes du royaume : de vastes domaines agricoles, un atelier de copistes, une école, et surtout une relique sans équivalent, la Sainte Ampoule. Cette petite fiole contenait l’huile dont on oignait le roi le jour du sacre, à la cathédrale. Chaque sacre suivait le même rituel : les moines portaient l’ampoule en procession solennelle jusqu’au chœur de Notre-Dame, un grand seigneur en répondant sur sa vie, puis la relique revenait à l’abbaye. Elle fut brisée en public sur une place de Reims en 1793 ; quelques éclats, discrètement recueillis, servirent plus tard à en reconstituer une.

Les bâtiments que l’on visite datent pour l’essentiel des XVIIe et XVIIIe siècles. Après un incendie et faute d’entretien, la communauté a reconstruit son cloître, son réfectoire et un grand escalier d’honneur dans le goût classique, sobre et régulier. La Révolution ferme l’abbaye et disperse les moines. Au XIXe siècle, l’État installe dans les murs un hôpital militaire — d’où viennent les immenses salles consacrées aujourd’hui à l’histoire des armées. Le musée municipal, créé en ville dès 1834, rejoint peu à peu ces locaux et s’y déploie définitivement dans les années 1970, après les campagnes de restauration qui ont suivi les deux guerres mondiales, pendant lesquelles la basilique et son quartier ont été durement touchés.

Des bâtiments classés, un cloître Renaissance

La visite vaut déjà pour l’architecture. On traverse un cloître Renaissance aux arcades finement sculptées, seul vestige important d’avant la reconstruction classique ; on monte le grand escalier du XVIIIe siècle, à la rampe de fer forgé ; on longe une galerie ouverte sur des jardins réguliers, dessinés au cordeau derrière la basilique. Une salle a conservé ses boiseries et sa cheminée : c’était le parloir des abbés, où l’on recevait les hôtes de marque. L’ensemble est classé au titre des monuments historiques et, comme la basilique voisine, inscrit depuis 1991 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, avec la cathédrale et le palais du Tau. On mesure, en circulant, à quel point un monastère de cette importance était une petite ville dans la ville, avec ses cuisines, ses celliers, son infirmerie et sa bibliothèque.

À voir en priorité

Si le temps manque, trois pièces résument à elles seules la richesse du lieu :

  • Le tombeau de Jovin, sarcophage romain du IVe siècle sculpté d’une chasse au lion, sans doute le plus beau marbre antique conservé à Reims ; il a longtemps servi de sépulture à des personnages importants de l’abbaye.
  • La façade de la Maison des Musiciens, logis gothique du XIIIe siècle dont les grandes statues de musiciens ont été démontées et remontées ici pour les protéger de la pollution et des intempéries.
  • La tenture de la vie de saint Remi, tissée vers 1531 : dix panneaux de laine et de soie qui se lisent comme un récit en images.

L’archéologie : de la préhistoire à Durocortorum

Le cœur du musée, ce sont ses collections archéologiques, parmi les plus complètes du Grand Est. Les premières salles couvrent la préhistoire et la protohistoire de la Marne : silex taillés, sépultures gauloises, parures et armes de l’âge du fer, poteries, meules. La région, très fertile, était densément peuplée bien avant Rome, et les grands travaux d’aménagement du territoire — autoroutes, lignes à grande vitesse, zones d’activité — ont livré ces dernières décennies des milliers d’objets qui ont renouvelé la connaissance de la Gaule du Nord.

La muséographie a été repensée récemment : les vitrines sont plus lisibles, les cartels traduits, et un parcours chronologique clair mène le visiteur d’une salle à l’autre. On peut aussi bien survoler l’ensemble en trois quarts d’heure que s’arrêter longuement sur une vitrine de fibules ou sur la reconstitution d’une tombe à char.

Durocortorum, l’une des grandes villes de la Gaule

Durocortorum, c’est le nom romain de Reims. Capitale de la province de Gaule Belgique, nœud de plusieurs grandes routes impériales, la ville comptait sans doute trente à quarante mille habitants et figurait parmi les plus étendues de l’Empire au nord des Alpes. Elle avait un plan de rues à angle droit, un forum, des thermes, un amphithéâtre, un aqueduc, et plusieurs portes monumentales, dont la Porte de Mars — le plus large arc romain connu — toujours debout sur les Hautes Promenades, à quelques rues du centre. Sous la place du Forum, un long cryptoportique gallo-romain, galerie semi-enterrée qui soutenait la place publique, se visite encore et dépend du même service des musées.

Le musée en présente la mémoire matérielle : mosaïques de sol, stèles funéraires gravées de scènes de métier — un marchand de vin, un tonnelier, un drapier —, verrerie fine, lampes, monnaies frappées sur place, statuettes de bronze, ex-voto. On y suit sans effort le passage de l’oppidum gaulois à la cité romaine, puis le lent glissement vers l’Antiquité tardive, quand la ville se resserre derrière ses murs et que le christianisme s’installe.

Les temps mérovingiens et les premiers rois francs

Une section entière est consacrée au haut Moyen Âge, période clé pour Reims puisque c’est celle du baptême de Clovis. Les fouilles de nécropoles autour de la ville ont livré un mobilier funéraire spectaculaire : épées et scramasaxes, boucles de ceinture damasquinées, fibules aquiliformes, verreries, bijoux d’or et de grenat. Ces objets, souvent d’un grand raffinement, montrent une aristocratie franque christianisée, en contact avec le monde méditerranéen. C’est le décor réel de l’histoire que raconte notre article « La cité des sacres » : le musée en donne les preuves, sorties de terre.

Les tapisseries de la vie de saint Remi

Dans une longue galerie tamisée sont présentées des tapisseries tissées vers 1531 à la demande de l’archevêque Robert de Lenoncourt, qui offrit aussi de somptueux ornements à la basilique. Elles racontent, panneau après panneau, la vie de saint Remi : la naissance annoncée à sa mère, l’accession à l’épiscopat, le baptême de Clovis avec la colombe apportant l’huile sainte, les miracles, la mort du saint. Chaque pièce, haute de plusieurs mètres, superpose plusieurs scènes, avec des inscriptions en français ancien et des bordures fleuries. C’est l’un des grands ensembles de tapisserie française du XVIe siècle conservés en place ; certaines pièces sont exposées dans la basilique elle-même, d’autres au musée, selon les saisons et les besoins de conservation. On les lit de gauche à droite, comme une bande dessinée monumentale.

Sculpture médiévale et pierres de la basilique

D’autres salles rassemblent la sculpture romane et gothique provenant de la basilique et des églises de la ville aujourd’hui disparues : chapiteaux à feuillages et à monstres, dalles funéraires gravées, statues de portail, éléments de jubé, gisants. On mesure là le lien direct avec l’édifice d’à côté : beaucoup de ces pierres viennent de l’abbatiale elle-même, remaniée au fil des siècles, gravement touchée par les bombardements de 1918 puis restaurée pendant l’entre-deux-guerres. Voir les fragments au musée aide à comprendre, ensuite, la basilique restée debout, et à distinguer ce qui est d’origine de ce qui a été refait.

La galerie d’histoire militaire

Héritage de l’hôpital militaire, une aile entière traite de l’histoire des armées, du XVIIIe siècle à 1945 : uniformes, drapeaux, armes blanches et à feu, coiffures, décorations, souvenirs des régiments qui tenaient garnison à Reims, évocation des deux guerres mondiales qui ont détruit une grande partie de la ville. La suite logique se trouve à quinze minutes de là : le musée de la Reddition conserve, intacte, la salle où l’Allemagne a signé sa capitulation le 7 mai 1945, sujet de notre article « 7 mai 1945 ».

Autour du musée : le quartier Saint-Remi

Le musée occupe le haut de la butte Saint-Nicaise, un quartier tranquille où voisinent églises, hôtels particuliers et maisons de champagne. En sortant, on peut pousser jusqu’aux grilles de plusieurs grandes maisons, dont les caves s’enfoncent dans la craie juste sous les rues, ou redescendre vers la place des Droits-de-l’Homme et ses fontaines. C’est aussi le point de départ le plus commode pour rejoindre, à pied, le parc de Champagne tout proche, ancien parc de sport offert à la ville par une maison de champagne — nous lui consacrons un article à part.

Visiter avec des enfants, accessibilité

Les grandes galeries, les armures et les tombes à char plaisent en général aux enfants ; le musée propose selon les périodes des livrets-jeux et des ateliers pendant les vacances scolaires. Les rez-de-chaussée et une bonne partie du parcours sont accessibles aux personnes à mobilité réduite ; quelques salles à l’étage se rejoignent par un ascenseur. Il y a des bancs dans presque chaque salle, une librairie-boutique à l’entrée, et la photographie sans flash est autorisée. Prévoyez de laisser les grands sacs au vestiaire.

Informations pratiques et accès

Le musée se trouve 53 rue Simon, dans le prolongement de la basilique : les deux se visitent facilement dans la foulée. Il ouvre du mardi au dimanche, en général l’après-midi en semaine et toute la journée le week-end ; il est fermé le lundi et quelques jours fériés. L’entrée des collections permanentes est gratuite ; seules certaines expositions temporaires sont payantes. Comptez une heure et demie pour une visite tranquille, davantage si vous entrez aussi dans la basilique — les deux se complètent, la pierre chaude de l’église romane d’un côté, les vitrines de l’autre. Le musée participe à la Nuit des musées et aux Journées européennes du patrimoine, où l’on accède à des salles habituellement fermées.

Le bon plan pour une journée : basilique et musée le matin, pause déjeuner dans le quartier, puis cathédrale et caves de champagne l’après-midi. Nous détaillons cet itinéraire dans notre article « Visiter Reims en une journée ».

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Photo : Maxime Grégoire — CC BY 3.0 · Wikimedia Commons