Reims a la réputation d’une ville minérale, faite de calcaire, de caves et de façades reconstruites. C’est oublier ses jardins. À dix minutes de la basilique Saint-Remi, sur la butte Saint-Nicaise, le parc de Champagne — que beaucoup de Rémois appellent encore parc Pommery — est l’un des plus élégants parcs urbains du nord-est de la France, et l’histoire de sa création dit beaucoup de la ville.
Un parc financé par le champagne
À la fin du XIXe siècle, les grandes maisons de champagne emploient des milliers de personnes et façonnent la vie sociale de Reims. En 1909, les héritiers de la maison Pommery décident d’aménager, sur des terrains proches de leurs caves, un vaste parc de sport ouvert à leurs ouvriers et, plus largement, aux habitants. L’idée est neuve : à l’époque, l’éducation physique populaire commence à peine à être encouragée, et les terrains de jeux publics sont rares. Le parc est pensé comme un équipement moderne — pelouses, pistes d’athlétisme, terrains de football et de rugby, aires de jeux, gradins — au service de la santé et de la sociabilité du plus grand nombre. Longtemps propriété de la maison, il a été cédé plus tard à la Ville de Reims, qui l’entretient, et il est aujourd’hui distingué comme jardin remarquable.
La maison Pommery, voisine du parc
On ne comprend le parc qu’en regardant la maison qui l’a fait naître. Dans les années 1870, Louise Pommery, veuve à la tête de l’entreprise, fait bâtir sur la butte Saint-Nicaise un domaine spectaculaire dans un style néo-élisabéthain, tout en pignons et en briques, dessiné par l’architecte Alphonse Gosset. En dessous, elle fait relier et décorer d’anciennes crayères gallo-romaines — ces puits coniques taillés dans la craie — pour y faire vieillir le champagne ; certaines galeries sont ornées de grands bas-reliefs sculptés. La maison, très en avance sur son temps en matière de communication et de mécénat, prolonge cette logique en offrant à la ville un parc : c’est du paternalisme industriel, mais aussi un vrai cadeau, resté dans le paysage un siècle plus tard.
Édouard Redont, un paysagiste rémois au rayonnement européen
Le dessin est confié à Édouard Redont, paysagiste rémois de renom. On lui doit le réaménagement des Promenades du centre-ville et, à l’étranger, de grands parcs — notamment à Bucarest, où il conçoit le parc Carol pour l’exposition du jubilé de 1906. Sur une vingtaine d’hectares, il compose ici un jardin à l’anglaise : allées courbes, perspectives ménagées, bosquets, larges pelouses en creux, un kiosque à musique, des parterres fleuris, une roseraie, un théâtre de verdure. Le terrain, légèrement vallonné, est mis à profit pour multiplier les points de vue, dont un belvédère qui dégage la silhouette des tours de la basilique et de la cathédrale. Le résultat n’a rien d’un square : c’est un vrai paysage, où l’on marche longtemps sans revenir sur ses pas — le tour du parc fait près de deux kilomètres.
Le parc dans la tourmente des guerres
À peine dessiné, le parc a connu la guerre. En 1914-1918, le front passe à quelques kilomètres et Reims est bombardée pendant quatre ans : la ville perd près de 80 % de ses bâtiments, et le parc, comme les Promenades, sort de la Grande Guerre avec des arbres déchiquetés et des pelouses éventrées. On le replante dans les années 1920, en même temps qu’on relève la ville. Entre les deux guerres, il retrouve son rôle : grandes fêtes de gymnastique, rencontres d’athlétisme, concours scolaires y rassemblent des milliers de participants. Réquisitionné puis rendu après 1945, il a traversé le siècle sans perdre son dessin d’origine — c’est assez rare pour être signalé, et cela explique la maturité de ses arbres.
Arbres, oiseaux et parcours de santé
Le parc est aussi un petit arboretum : platanes, marronniers, hêtres pourpres, tilleuls, érables, quelques séquoias et cèdres, dont plusieurs sujets plus que centenaires, plantés à l’origine. Au printemps, la roseraie et les massifs attirent les photographes ; toute l’année, merles, mésanges, pics et, près des pièces d’eau, canards et poules d’eau, occupent le terrain. Un parcours de santé jalonné d’agrès fait le tour des grandes pelouses, très utilisé le matin et en fin de journée. Les enfants, eux, filent vers les aires de jeux et le grand toboggan installé dans une pente.
Ce qu’on y fait aujourd’hui
Le parc est libre d’accès et très vivant. Familles, coureurs, joueurs de pétanque, cours de sport en plein air, pique-niques l’été : chacun y trouve son coin. Le kiosque et le théâtre de verdure accueillent des concerts pendant la belle saison, en particulier lors des Flâneries musicales, le festival d’été de la ville, qui y donne des concerts gratuits, et de la Fête de la musique. Des aires de jeux pour enfants, des tables, des points d’eau et de vastes pelouses ouvertes en font l’endroit le plus simple pour souffler entre deux visites, surtout si l’on voyage avec des enfants. Comptez trente à quarante-cinq minutes pour en faire le tour sans se presser.
Le quartier de la butte Saint-Nicaise
Autour du parc, la butte concentre l’histoire du champagne rémois : les grandes maisons y sont voisines, et leurs crayères, avec les coteaux et les caves de toute la région, sont inscrites depuis 2015 au patrimoine mondial de l’UNESCO. À courte distance, deux curiosités du XXe siècle méritent le détour : la chapelle Foujita, petite église entièrement peinte à la fin des années 1960 par l’artiste franco-japonais Léonard Foujita et financée par une maison de champagne ; et, plus à l’est, la cité-jardin du Chemin-Vert, quartier de logements ouvriers construit dans les années 1920 selon les idées hygiénistes de l’époque — jardins individuels, école, église, coopérative. Le parc de Champagne appartient à la même famille d’idées : offrir de l’air, de la lumière et de l’espace au plus grand nombre.
Les Promenades et la ceinture verte du centre
Le parc de Champagne n’est pas isolé. Reims a hérité de ses anciennes fortifications une ceinture d’espaces plantés. Les Hautes et Basses Promenades, larges mails d’arbres tracés au XVIIIe siècle sur l’emplacement des remparts et redessinés vers 1900 par Redont, encadrent le centre à l’ouest ; on y trouve la Porte de Mars romaine, un manège, une fête foraine à la belle saison et, l’hiver, l’un des plus grands marchés de Noël de France. À l’est, le jardin d’horticulture Pierre-Schneiter aligne massifs, rocailles et serres à deux pas de la gare.
D’autres jardins et plans d’eau
- Le parc de la Patte d’Oie, près de la Porte de Paris : dessin régulier, pièces d’eau, grands arbres, très calme.
- La coulée verte le long du canal de l’Aisne à la Marne : un chemin plat pour marcher ou rouler à vélo, qui relie le centre aux faubourgs et, plus loin, aux bords de la Vesle et aux premières vignes.
- Au nord de la ville, le bois de la Neuvillette et son plan d’eau offrent un but de promenade plus sauvage, apprécié des joggeurs et des pêcheurs.
- Les squares du centre — square Colbert, jardins près de l’Hôtel de Ville — utiles pour une pause courte entre deux monuments.
Plus loin : le parc naturel de la Montagne de Reims
Pour une vraie sortie en nature, le parc naturel régional de la Montagne de Reims, créé en 1976, commence à une vingtaine de minutes en voiture, au sud de la ville. C’est le massif boisé qui sépare Reims d’Épernay, couvert de vignes sur ses pentes et de forêt sur ses hauteurs. On y visite le curieux bois des Faux de Verzy, des centaines de hêtres tortueux uniques en Europe, certains plusieurs fois centenaires, et l’on y trouve des belvédères — comme l’observatoire du mont Sinaï — qui dégagent la vue sur toute la plaine de Champagne. La route touristique du Champagne traverse le massif et passe par Hautvillers, le village de Dom Pérignon. Un bon complément à une visite de cave, pour voir d’où vient le raisin.
Conseils pour une balade réussie
Le parc de Champagne se visite toute l’année ; il est particulièrement beau au printemps, quand les parterres fleurissent, et à l’automne pour les couleurs. Les jours de concert, mieux vaut arriver tôt. Les allées principales sont praticables en poussette et pour les personnes à mobilité réduite. Il n’y a pas de café dans le parc même : prévoyez de l’eau et de quoi grignoter — les Halles du Boulingrin ou une boîte de biscuits roses font l’affaire — ou faites la pause avant, dans l’un des cafés du quartier. Les chiens tenus en laisse sont admis dans les allées.
Comment y aller
Le parc de Champagne est à une dizaine de minutes à pied de l’esplanade Fléchambault, en montant la butte Saint-Nicaise, dans le prolongement de la basilique et du musée Saint-Remi. L’enchaînement naturel : basilique et musée le matin, déjeuner dans le quartier, puis le parc pour digérer avant de rejoindre les caves de champagne ou la cathédrale. Pour bâtir votre journée, voir aussi « Visiter Reims en une journée ».
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Photo : Fab5669 — CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons