On vient à Reims pour le champagne ; on y reste souvent pour la cathédrale Notre-Dame. Chef-d’œuvre du gothique classique, commencée en 1211 sur les ruines d’un édifice incendié, elle a été bâtie en un peu moins d’un siècle, ce qui lui donne une rare unité de style. Sa façade est un livre d’images de pierre : on y compte plus de deux mille trois cents statues.
L’Ange au sourire
Parmi toutes ces figures, une seule est devenue le visage de la ville : l’Ange au sourire, sur le portail nord. Décapité par l’incendie de septembre 1914, quand les bombardements allemands embrasent la charpente, il est restauré et remis en place en 1926. Son sourire, presque malicieux, est depuis le symbole de Reims meurtrie puis relevée.
Lumière ancienne et vitraux de Chagall
À l’intérieur, la nef s’élève à trente-huit mètres. La cathédrale mêle les époques : verrières médiévales, grande rose du XIIIe siècle, mais aussi vitraux contemporains. Marc Chagall a dessiné, à la fin des années 1960 et dans les années 1970, les vitraux bleus de la chapelle axiale ; d’autres baies ont été confiées plus récemment à l’artiste allemand Imi Knoebel, geste de réconciliation entre les deux pays.
Brûlée en 1914, relevée en 1938
Le 19 septembre 1914, des obus incendiaires allemands embrasent les échafaudages qui entouraient la façade, puis la charpente. Le plomb des toitures fond et s’écoule par les gargouilles ; la « forêt » de bois qui portait le toit disparaît en quelques heures. Pendant quatre ans, la cathédrale reste sous le feu, à portée de canon du front.
La reconstruction, soutenue notamment par la fondation américaine Rockefeller, s’achève en 1938, année de la réouverture. La nouvelle charpente est coulée en béton armé, invisible depuis la nef. C’est de cette histoire que l’Ange au sourire est devenu le symbole : la tête brisée par l’incendie, il a retrouvé sa place et son sourire en 1926. La cathédrale rouvre à peine qu’une nouvelle guerre menace ; elle en réchappe, cette fois, sans dommage majeur.
Un classement partagé
Depuis 1991, l’UNESCO inscrit au Patrimoine mondial un ensemble de trois monuments rémois : la cathédrale, l’ancien palais archiépiscopal du Tau (aujourd’hui musée du sacre) et la Basilique Saint-Remi avec son musée. Cette dernière, romane et beaucoup plus longue que la cathédrale, se trouve dans le quartier Saint-Remi, au sud du centre : le contraste entre sa pénombre chaleureuse et l’élan lumineux de la cathédrale vaut à lui seul la promenade.
Prévoyez une petite heure pour la cathédrale, davantage si vous montez aux tours (visite guidée, sur réservation, d’avril à novembre). L’entrée de l’édifice est gratuite.
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Photo : Ludovic Péron — CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons